III - La représentation dessinée

La représentation des espaces par le dessin est exactement le même mécanisme d’opération humaine, que la représentation du monde extérieure par la langue. Il faut les apprendre tous les deux. C’est pour cela que toutes sociétés du passé avaient « étudié » la représentation par les différents moyens d’expression comme la langue, le dessin, la peinture, la sculpture, la musique etc. Tous ce que nous nommons l’Art avec majuscule que nous continuons à étudier avec autant d’ardeurs comme font actuellement nos vrais artistes. Et dans la mesure où les métiers des Arts comprend la partie artistique de l’architecture, nous avons aussi à l’étudier de la même manière ses moyens d’expressions déjà dans sa conception.

Je donne une importance capitale à la représentation, aux dessins à main levée, aux instruments ou par l’ordinateur, aux images dans la formation des architectes. J’avais exprimé mes vues à ce sujet tout au long de ma carrière d’enseignant dans les articles, notamment « Réflexion sur l’utilisation des dessins » en octobre 1994, que je reprends textuellement dans ce même chapitre ou sous chapitre et je continue à argumenter dans le même sens. La représentation n’est pas la finalité comme chez les peintres, mais un outil pour accéder à la compréhension de l’objet à construire, à ses qualités, ses défauts et ne doit pas influencer les décideurs dans l’appréciation du contenu.

Nous cherchons à avoir une adéquation entre ce que les yeux peuvent imaginer de l’objet d’après sa représentation et la réalité construite. C’est pour cela, que nous tendons à la représenter la plus fidèlement, même si elle est appauvrie, le plus simplement pour le grand public, et apporter les informations concernant l’objet à concevoir, C’est ainsi que nous pouvons l’imaginer dans son contexte environnemental et fonctionnel et choisir en connaissance de cause.

La définition du contenu où le « fond » du projet dans la pratique et dans l’enseignement des studios, devrait être pratiquement identique quelque soit sa représentation. S’il y a déviation du jugement, cela provient de la qualité formelle ou plastique autant de la composition que de la représentation. Il est possible de séparer les deux qualités de contenu et de représentation. La qualité architecturale concerne les deux confondus. Ils pourraient être mieux définis, globalement et dans les détails, au moins pour un groupe d’étudiants homogène. D'ailleurs, c’est ce que nous essayons de faire.

Nous sommes toujours tentés, même aujourd’hui, de donner la priorité dans les jugements des projets à la représentation, et dans les écoles à l'acquisition des outils. J'ai apprécié les étudiants qui cherchaient à acquérir les outils informatiques contemporains au plus haut niveau, mais j'ai remarqué aussi, chez les étudiants et chez les enseignants, que dans l'appréciation des projets représentés, ils avaient une prépondérance à la qualité de la représentation, à l'image. Que le contenu du projet reflétait une conception théâtrale ou fonctionnelle des espaces, est un autre problème. J'ai vu des projets ou la représentativité imagée des espaces l’emportaient sur le contenu voire "la beauté compositionnelle" des espaces.

Le mécanisme de la compréhension des projets par les images, autrement dit la réception des informations visuelles suit la même logique que la perception tout court. La visualisation peut être engendrée par la représentation imagée, qui veut dire : « se représenter clairement des éléments d'information en une série d'image comprise ». Les points d'informations imagés viennent à l'esprit, la logique visuelle fait le tri, et se mettent en ensemble, en ordre :

Stimulation ---> image rétinienne --->décharges électriques--> transmission des informations au centre nerveux--->assimilation en langage binaire ou compréhension de l’image ---> image mentale ---> réaction ---> jugements suivant notre échelle de valeur ---> réflexion

On ne pourra jamais se passer de la représentation imagée pour les architectes, ni pour la conception fonctionnaliste et constructiviste (càd les bons plans et coupes), ni pour les formalistes car la qualité visuelle ou formelle s’acquière aussi par les corrections successives des façades.

La technique de la représentation dessinée n’est pas le même apprentissage que la technique de la composition, mais la deuxième nécessite la première. Il y a emboîtement. C’est une évidence d’aujourd’hui. Dans la pratique, il y a souvent confusion. Il y a des méthodes pour les deux, même si nous ne les explicitons pas toujours nos « recettes de cuisine ».

Ceux qui savent dessiner les objets sont les dessinateurs, mais pas obligatoirement les concepteurs. Il y faut des savoirs de représentations, de conception d’espaces à construire et leur composition pour le devenir. Le dessin est semblable aux sciences exactes, il faut les construire pas à pas et étudier dans son contexte quels types d'exercices, sur quel terrain et surtout à quelle échelle, doivent-ils dessiner les documents.

Il est impossible d’homogénéiser les étudiants même s'ils reçoivent les mêmes informations. Il faut constituer les réflexes dessinés, et les développer pour construire notre langage dessiné de ce que nous voulons exprimer. Or le langage s’exprime par les mots, par les concepts dessinés pour former les phrases à l’aide de la syntaxe. Elles ont des mêmes caractéristiques que les « phases musicales ». Toutes les approches doivent utiliser les mêmes « règles et les équerres » symboliques pour s’exprimer par le dessin.

Nous aurons donc besoin des critères d’examens des projets plus codifiés, dans le domaine de l'art. Nous avons entendu dire par les jeunes architectes pratiquants que le dessin est plein de richesses d’informations mais aussi réducteur d’information. Toutes les informations sont bipolaires (un pôle et son sens contraire), mais il faut savoir de quelle richesse et de quelles réductions parlons nous ?

Si la richesse des dessins ou même toutes sortes d’informations nous aide à bien comprendre la situation réelle, nous aurons besoin de les assimiler tous dans les choix de toutes actions. Mais si la manière comme elles sont présentées nous brouillent ou nous « manipulent » dans la compréhensions, en détournant la pondération des informations à l’avantage ou désavantage de la représentation et pas fidèle aux faits, il vaut mieux les réduire à celles qui ont une réelle pertinence à la transformation des espaces.

Par exemple, la représentation photographique des espaces est complexifiée, n'exprime pas toujours la même réalité pertinente que les dessins. Ceux ci réduisent ou appauvrissent des informations, et nous sommes plus apte à les organiser mieux pour leurs examens. Quand il s’agit des informations esthétiques nous les appelons « la qualité de la composition ». Il vaut mieux les simplifier par le fait que nous leur présentons des informations appauvries du réelle. La géométrie descriptive est propice ou facilite cette tache. En plus elle donne des mesures absolues. De la même manière, la génération des idées est souvent la réaction immédiate à l’assimilation des informations visuelles. Il faut trouver les mesures absolues de nos idées. Et cela ne peut être que bipolaire (vrai ou faux).

La représentation imagée parle à notre inconscient. Elle contient des connotations subconscientes qui surestiment ou sous-estiment certaines informations. Dans nos jugements nous sommes toujours plus excessifs. Les centrations des différents spectateurs conduisent à différents jugements. Dans les années 70 grands nombres des enseignants et étudiants sous estimaient le rôle de dessin de peur d’être influencé dans leur jugement par les dessins. Une sorte d’auto conditionnement. Ils pensaient que le projet se fait dans la tête qu’il suffit de dessiner, représenter. Il suffit d’en discuter, et acquérir les expériences dans ce domaine. C’est bien juste mais dans la langue des architectes.

Mais dans tous les domaines de la science il est difficile à trouver un consensus. Plus une image est riche en informations, moins la pertinence recherchée apparaît. Le dessin réduit le nombre des informations, il appauvrit automatiquement les images. La pertinence devient plus accessible non seulement aux professionnels, mais aussi à n'importe qui, qui sait lire le dessin. Nous disons aux étudiants qu'il faut faire des photos, des films, des vidéos etc. Mais pour les professionnels ce n'est pas assez. Nous avons à établir les liaisons entre les différentes catégories de représentation. Il y a adéquation entre représentation de la problématique, et pertinence recherchée.

Dans le rapport entre les différents dessins, l’apprentissage professionnel du dessin spécialisé doit se faire avec certaines règles. Cet apprentissage, et la recherche de la qualité esthétique du dessin artistique en soi sont différents. C’est toujours les précisions et conscientisations de nos actes qui sont importants. Tous les étudiants gardent leur personnalité dans l’expression sans le détriment de la franchise et de la clarté de l’expression. On peut appeler cela une sorte d’académisme. Mais il vaut mieux avoir une dose d'académisme que de l'incompréhension des espaces.

J'approuve entièrement les démarches contemporaines qui prônent l’apprentissage de l'animation des espaces, mais pas au détriment de la communication et de la lisibilité des projets.

1 - La géométrie descriptive : plans, coupes, façades (PCF)

Ce qui différencie les Architectes des autres artistes designers, c’est l’utilisation de la géométrie descriptive, les perspectifs et la pertinence de la gamme des échelles utilisées, même si nous pratiquons la Conception Assistée par Ordinateur.

La première ramène les problèmes de la représentation de 3 dimensions en 2 dimensions absolues, dans lesquelles se travaillent le projet global et sa composition. Il y a du choix parmi les PCF en fonction de la pertinence des détails de l’espace. Les idées viennent de toute part, mais le travail même pour engendrer les idées se fait en PCF. On pratique une réduction, une sorte d’appauvrissement des informations quand nous réduisons le dessin perspectif en 2 D, car en 2 D elles sont plus précises et prennent en charge la réalité objective, les vraies proportions, si nous tenons compte de la nécessité de la rigueur et de la concordance dans la géométrie descriptive. Les précisions présentes sont nécessaires à la génération et à la vérification des images. Il y a toujours adéquation entre choix de l’échelle de plans des coupes ou des façades et pertinence recherchée, les échelles correspondant aux supports d’informations spécialisées qu’ils véhiculent les données de base des projets dont la synthèse engendre la forme de l’espace d’usage.

Pour apprendre à voir dans l’espace, c’est l’utilisation presque simultanée de la géométrie descriptive, en plans, coupes, façades, donc en 2D, aidée par les perspectives et des axonométries, qui nous facilitent l’imagination des espaces près de la réalité perçue comme nous avons toujours fait avant l’arrivée des ordinateurs.

L’énorme avantage des ordinateurs, c’est qu’il suffit d’y introduire les données quantitatives des espaces avec leurs relations en deux dimensions et l’image globale nous apparaît sans effort en 3D, et dans toutes les positions perspectives de l’extérieur et de l’intérieur. L’utilisation des maquettes est très bénéfique pour apprendre à manipuler les volumes, mais ceux qui s’habituent à la lecture des P.C.F., arrivent à détecter encore mieux les erreurs de composition que sur les maquettes, sans diminuer leur utilisation pour apprendre à manipuler les volumes.

Nous pouvons porter certaines indications sur les plans de la 3ème dimension comme les dénivellations, les vides vers le bas et vers le haut, trémies, mezzanine, toiture, passés de toit etc. Elles nous habituent à imaginer et à voir dans ses grandes lignes l’espace étudié.

A un moment donné, nous proposions l’utilisation d’une coupe « syncrétique », où on réalise la coupe transversale ou longitudinale au premier plan juste derrière une façade en regardant la masse globale. On dessine en pointillé tous les niveaux présents, tous les toits et escaliers dans le projet. On cherche à imaginer sur un plan donné à 2 dimensions les successions des espaces en 3 dimensions, d’abord pour les reconnaître et après pour les manipuler.

Nous pouvons aussi découvrir que nous savons tous, mais nous ne les regardions pas ainsi que toutes les coupes sont une façade, en les imaginant devant l’endroit de la coupe et vice versa ; toute façade est toujours coupe en l’imaginant derrière la façade.

L a question que posait une étudiante : quelle est la différence entre une façade et une élévation ? C’est le même objet, mais la différence n’est que dans le regard du spectateur ou projeteur: l’élévation c’est un ensemble des éléments dessinés de la troisième dimension, ce que nous regardons en plans avec ses limites de composition dans la ville. La façade est plutôt la projection de la troisième dimension d’un bâtiment, que nous percevons en 2 D, un ensemble. A regarder plutôt dans son expression architecturale la composition, ses caractéristiques globales et des éléments matériels qui les composent.

Pour former les étudiants à la vision en trois dimensions et à leur signification individuelle et sociale, toute méthode du projet, réside dans l’apprentissage un peu exagéré de la représentation. L’information sans dessin, sans signification spatiale est insuffisante, pour faciliter la visualisation.

Un croquis perspectif ou axonométrique de l’extérieur et de l’intérieur permet de mieux visualiser les phénomènes où naît l'image globale. Dans un puzzle, l’image générale et les détails sont liaisonnés ensemble de la même manière que les mots à la phrase et les phrases aux événements. Ils ne peuvent pas changer ou évoluer sans les deux en même temps. Dans la pratique, dès la conception, les projeteurs fait varier parallèlement et simultanément le global et les détails ou les mosaïques qui les composent. 

L’utilisation des différentes échelles détermine implicitement les buts de la représentation. Quand un enseignant demande aux étudiants de dessiner l’avant projet à 2 cm par mètre, il a l’objectif d’examiner les projets dans ses détails qu’enferment les décisions successives prises dans le niveau d’organisation de l’étude. Les dessins sont utilisés pour montrer aux étudiants ce qu’implique le degré de précision à cette échelle fonctionnelle et constructive au niveau d’organisation matérielle de l’objet à construire. Les étudiants en tirent des profits considérables à la suite des travaux d’exécutions.

2 - Axonométrie, perspective, maquette

Elles servent autant pour chercher que pour représenter le projet. Nous avons l'habitude de chercher les projets en plans, en coupes et en façades, et le présenter en perspective ou en axonométrie. De mon avis : dès la formation de l'image globale nous avons intérêt de le représenter tout en axonométrie ou en perspective, telle que nous disons en trois dimensions (en 3D), car l'image est plus expressive dans le domaine de l’espace, Elle nous inspire et nous génère des idées nouvelles. Or ce qui est le plus difficile, c'est l'idéation, c'est la production, la génération des idées nouvelles.

Il faut faciliter la critique de nos propres projets en gestation. Plus nous dessinons plus les idées se précisent ; plus nous précisons c’est à dire apportons des idées, des informations à assimiler, plus nous approchons au réel dans ses détails. Ce sont les détails de notre vision du réel que nous comparons à celles qu’il y en ait dans la tête pour tout le monde. Celles que nous en comprenons ce sont celles que nous avons déjà intégrées. Celles que nous ne comprenons pas, il faut analyser mieux de ce qui est dessinés. C’est ainsi que nous trouvons des erreurs à corriger ou rejeter. C’est un simple autocontrôle de notre apprentissage. Il y a seulement une petite discipline à appliquer : préciser telle que nous savons la réalité. Aucun enseignant ne reprochera aujourd’hui que nous avons une image fausse de la réalité, parce que cette image est le résultat de l’apprentissage de la vie depuis notre enfance, en fonction de quoi nous en avons une. Les enseignants cherchent précisément à nous apporter les informations sur le réel, sous forme d’images complémentaires, pour que nous puissions les analyser dont nous disposons. Et si nous n’en disposons pas il suffit d’assimiler celles que nos interlocuteurs nous proposent.

La perspective et l'axonométrie nous inspirent au niveau de la volumétrie. Les “erreurs“ des masses nous sautent aux yeux, donc elles sont faciles à corriger. Mais quand est ce que cela saute aux yeux ? Les « Gestaltistes » ont précisées les lois de la composition de la « bonne forme ». « Nous n’avons qu’à..(comme on dit souvent), la vérifier idividuellement sa validité dans notre cas. 

Le dessin de la perspective ou axonométrie ne pose aucune difficulté à réaliser, mais trouver la vision d'angle et le coté intéressant à mettre en valeur et à la présenter demande beaucoup plus d'essais et d'exercices. Habituons nous dès le départ de l'apprentissage à l'utilisation des 3D en cours de l'étude, si nous ne sommes pas un peu paresseux. Mais la paresse est le contre partie de la volonté, il faut bien savoir ce qu’on veut faire et de ne pas faire dans nos actions. C’est pour cela que les étudiants peuvent choisir le sens de leurs actions, notamment celles qu’ils veulent réaliser.

Les croquis perspectifs comme outils ont une utilité immédiate pour la précision des "idées". Ils n'ont pas besoin d'être justes ni rédigés, séduisants, même pas obligatoirement agréables. Ce sont des rapports, que nous exprimons pour montrer ce qui saute aux yeux, ce qui est bon, ce qu'il faut éviter, ce qu'on doit changer, jeter, intervertir, manipuler etc. Les étudiants n'ont pas pris l'habitude de dessiner tout en perspectives. L'informatique a l'énorme avantage de les dessiner facilement et rapidement.

Si on fait une perspective de représentation, il vaut mieux trouver les angles favorables qui mettent en valeur votre projet. Conseils pour les concepteurs :

  • choisir les points de vue sur les angles rentrants ;
  • dans la volumétrie mettre les masses hautes le plus souvent arrière
  • disposer le bâtiment dans un tiers/deux tiers des points de fuites ;
  • plus les points de fuites sont éloigné moins la déformation de la perspective est apparente
  • dessiner l'assise du bâtiment (le niveau du sol) même si vous ne faite pas un rendu joli. Etc.
  • ne pas chercher toujours la justesse de nos perspectives, mais beaucoup plus la volonté d’exprimer une idée, quitte à tricher un peu.

L'utilisation de la maquette convient de la même manière que des deux précédents en cours de l'étude du projet et non seulement pour la présentation finale. Dans un ensemble urbain, voire des quartiers en plein développement une maquette des masses de l'existant et des études s'impose à l'échelle de 1/500. La même pourrait être utilisée dans les différents projets en cours de l'étude du secteur, sachant pertinemment que la réalisation des croquis perspectifs est beaucoup plus facile à réaliser que des maquettes. Quand on est pressé de trouver la bonne solution, on doit choisir le moyen de présentation rapide. Avec l’habitude de faire des croquis nous en tirons les mêmes enseignements. La maquette est toujours une vision aérienne de la réalité et réjouisse l’esprit comme la lunette rose ; on ne voit les défauts. Le changement d’échelle, maquette/réalité urbaine, est souvent trompeur. Je me demande si les croquis perspectifs ne sont pas plus près de la réalité dans la prise en charge de la vision des distances. Il faut aller plus loin dans l’analyse de la réalité.

3 - Instrumentalisation, méthodologies

Nous utilisons l’instrumentalisation au sens matériel comme les instruments des dessinateurs sont nos aides à la production des dessins et par la suite à la visualisation et à la représentation des espaces. Nos meilleurs instruments contemporains de représentation sont des ordinateurs, qui intègrent en même temps leurs logiciels adaptés aux différents secteurs de la conception des architectes (CAO) géomètres, urbanistes etc. Il y a donc les instruments matériels qui nous aident dans notre travail, mais il y a aussi les instruments intellectuels qu’on pourrait appelé théoriques, ou pédagogiques, dont nous consacrons un chapitre.

Nos habitudes ou la routine, n’ont pas seulement le caractère méprisable ou vulgaire mais elles ont leur utilité dans la pratique autant que dans l’apprentissage. En occurrence elles sont les succédanés des méthodes. On utilise de la même manière que dans notre vie quotidienne. Nous pouvons les exécuter sans grands soucis. C’est l’effort intellectuel de vérification qui demandera davantage. Prendre l’habitude de quelque chose, que nous pouvons appelée « habituation » provoquée par la répétition, est un apprentissage souvent inconscient, donc sans effort mentale. Il ne tient qu’à nous le les utiliser à bon escient. Habituer les yeux à l’utilisation des yeux, à la vue de la représentation, est un outil conceptuel de plus. Dans la recherche du neuf, la mode actuelle des architectes contemporains, la routine est à éviter pour ne pas tomber dans les solutions stéréotypées ou habituelles, mais une solution connue est plus facile à critiquer pour trouver des idées nouvelles.

La géométrie descriptive est un instrument intellectuel de la représentation. Pratiquement toutes nos réflexions sont ainsi, une sorte d’outils dans l’élaboration de nos mises en forme. Elle ralentit, détaille la représentation imagée. L’élaboration des méthodes de conception est beaucoup plus lente. Le premier pas est de conscientiser les enseignants et les étudiants à la démarche du projeteur pour rechercher ensemble des démarches codifiables qui peuvent en devenir à l’usage une ou plusieurs. Pour continuer, il faut procéder scientifiquement comme les chercheurs ; former des hypothèses de la démarche des opérations en partant des observations des processus dans la pratique et démontrer sa validité par les résultats quantifiables dans l’usage pour que nous puissions les exécuter machinalement.

Il y a méthode et méthode. Il y a des méthodes pour apprendre ou perfectionner différents savoirs globales ou partiels. Il y en a aussi la conception assisté par l’ordinateur (CAO) qui intègre des petits pas méthodiques, (exemple : dialogue entre le global et le détail) spécifiques à la conception. Dans le domaine du processus de la projetation, il était assez difficile à convaincre nos professionnels à la pratique des CAO parce qu’ils considéraient qu’un acte artistique ne peut pas avoir des méthodes codifiées. Ce n’est plus à leur démontrer.

Les outils de représentation ont deux caractères suivant leur pertinence, leur finalité ; outils de conception qui est le processus mental de chaque individu et outils de représentation. Les deux sont étroitement liés mais les premiers servent au processus mental de la conception, (génère les idées) et l’autre qui servent à la création et à sa perfectionnement des ces outil, mais au niveau des actes c’est la même chose. C’est leur pertinence qui les différencie :

Pour moi, je prône l'utilisation de tous les dessins, qu'ils soient produits par la main, par les instruments ou par l'ordinateur, mais ils doivent servir à mieux appréhender l'espace futur, ce que nous allons construire. Il se trouve que les personnes qui sont douées pour le dessin, le font souvent pour la beauté du dessin et ils ne savent pas mieux traiter les espaces.

Pour les projeteurs concepteurs, les croquis sont faits pour la génération des idées et pour mieux détecter des problèmes quelque soient leurs niveaux. Ils se prêtent à la localisation et à la vérification des erreurs techniques ou compositionnelles. La différence diminue ou disparaît peut être aujourd’hui au profit de la représentation assistée par l’ordinateur, mais il vaut mieux le conscientiser pour qu’un projeteur soit prêt à changer un projet s’il trouve une meilleure solution.

L'ordinateur, est un outil impersonnel qu’il se prête actuellement plus à la représentation de certaine partie de l'œuvre qu’aux croquis variés en cours d’étude sommaire. Il ne peut qu’évoluer dans le temps, et conjugué à la pratique des croquis il a un avenir où la génération des idées nouvelles se fera avec son aide. Apprendre à dessiner les futurs espace à toutes les échelles avec les degrés de précision correspondants, appauvris et enrichis depuis le 1/5000 jusqu’à/20, et si possible dès le départ de l'étude, est la tâche contemporaine des jeunes concepteurs. Ils doivent se préoccuper comment, les informations introduites dans la machine à une échelle donnée, puissent être réutilisées dans toutes les échelles et par les différentes disciplines concourant à la même finalité. D’où l’importance de définir des degrés de précisions des différents niveaux d’organisation des études spatiales. Il est tout à fait normal que les étudiants soient pressés d’acquérir l’outil, même si cette aide demande beaucoup d’effort. Je constatais, que les étudiants, qui avaient des bonnes dispositions pour acquérir la technique de dessin d’architecture, étaient parmi les premiers à apprendre l’informatique et la CAO. Ceux qui étaient moins doués, et ne sachant pas très bien représenter attendaient des ordinateurs de résoudre les problèmes de la conception.

D’une façon générale, je prône l'utilisation de tous les dessins, qu'ils soient produits par la main, par les instruments ou par l’ordinateur, mais ils doivent servir à mieux appréhender l'espace futur, ce que nous allons construire. Il se trouve que les personnes qui sont douées pour le dessin, le font souvent pour sa beauté et souvent le traitement des espaces passe en deuxième plan.

Aux cours des études, quand le contenu et représentation étaient confondus dans les systèmes scolaires « méritoires », ceux qui étaient plus qualifiés pour la représentation étaient plus appréciés, plus reconnus et par conséquent, plus valorisés dans la réussite sociale (Prix de Rome). C'est donc normal, que les hommes, voulant socialement mieux réussir, misaient immédiatement sur l'acquisition de ces outils, plus qu'à la réintégration des différentes données et de la demande fonctionnelle. C'est ainsi que nous sommes arrivés à la situation d'avant 1968 dans la formation des écoles d'architecture, que dans la logique du meilleur qui gagne, ce n'est que la représentation qui comptait.

Quelle est la signification de l'image globale, que la vision du dessin évoque ? Cela dépend du spectateur, plus exactement de sa vision globale du monde, comme on dit de sa philosophie. J’ai tendance à rechercher la diminution de l’expression des rendus différent de contenu, ou au moins que la forme globale soit présentée de la même manière. Mais cela reste encore à étudier. Dans tous les cas l’instrumentalisation de nos dessins va dans cette direction.

Quelques remarques !

Plus les étudiants avancent dans leurs « études » d’architecte, plus ils expriment le besoin d’être critiqués d’après leurs dessins. Ils reconnaissent leurs manques de savoir dans plusieurs domaines, surtout dans la composition, qui aident à se remettre en question.

Quand la démarche est consciente, nous pouvons revenir sur nos pas, donc réaliser théoriquement la réversibilité des opérations, et de repartir sur d’autres pieds. Cette conscientisation se fait parce que nous reconnaissons nos erreurs, et nous cherchons involontairement en sortir. . Il faut donc revenir sur ce que nous avons déjà dessiné. C’est un processus normal de l’étude en évolution. La recherche des outils adéquats doit intégrer cette donnée fondamentale.

Il arrive que les étudiants viennent me décrire leurs idées avant de les dessiner, en me demandant si elles sont bonnes ou non. Ils ne veulent dessiner que les « bonnes solutions ». A priori, elles peuvent être bonnes, mais nous ne pouvons pas la juger comme eux, tant qu’elles ne sont pas dessinées. Le Bon Sens collectif peut trancher sur leur validité. Il est donc nécessaire d’instrumentaliser nos aides, nos pensées, donc tous ceux qui facilitent la représentation.

La schématisation est un ralentissement du processus de compréhension en y introduisant un appauvrissement de la situation, une sorte de plan monothématique à une ou deux thèmes isolés. Un organigramme est une sorte de schématisation qui n'a pas de signification pour les architectes tant qu'il n'est pas spatialisé.

Dans l'apprentissage et dans l’appréciation des espaces représentés, il ne faut pas oublier la complexification des outils. Plus un outil est simple pour détecter les erreurs, plus il est communicable aux autres. Rechercher des erreurs de composition au niveau de 2 D facilite la prise en charge globale des problèmes, même si la validité globale se juge en 3D. Que nous nous sommes adaptés à la représentation de géométrie descriptive est une instrumentalisation de la pensée, sans parler de l’apprentissage de voir en trois dimensions. Il faut être attentif que l’instrument ne déforme pas trop sa compréhension au cours de son utilisation.

4 - La qualité et sa cristallisation, échelles de valeurs

La qualité des projets est la résolution globale des problèmes. Elle est exprimée dans sa représentation, et jugée après examen à différentes échelles, avec des critères correspondants, pour répondre à la question si elle est bonne ou mauvaise, suivant lequel le Maître d’Ouvrage accepte ou non. Sous entendu que le jugement de la qualité du projet par celui ci est réalisé en accord avec ses propres conseillers la plus part du temps des professionnels compétents. Comme les compétences des tâches sont composées des spécialistes des différentes fonctions du programme et les multiples actes de la conception globale, (l’étude) et le projet, en dernière instance, est accepté ou refusé. C’est pour cela qu’il y a beaucoup de problèmes au niveau du jugement de la qualité des projets même entre professionnels.

Le dilemme de la qualité et quantité correspond au degré de complexité des informations intégrées et de la mise en forme globale : plus le projet est grand et complexe plus le concepteur et les juges doivent être compétents ; plus les problèmes résolus exprimés dans la représentation, plus il peut y avoir des contestations dans tous les jugements. Donc, les problèmes quantitatifs se résolvent rationnellement. La qualité sera-t-elle le résultat de l'accumulation successive de l’information, une sorte de complexification, que l'on intègre dans une forme globale, (originale ou traditionnelle) ou bien, une forme préalablement imaginée avant qu’on y rationalise les informations explicites ? Le sens de la démarche du concepteur, qui procède à trouver une forme que l’on accepte avant la résolution des problèmes sera différent dans les choix, mais il doit les affronter de la même manière, qui explique bien l’aller-retour constants dans la recherche de la forme. Une information est toujours « neutre », plus exactement bipolaire, tant qu’une pertinence consciente ne la qualifie pas positive. Quand on ne l'utilise pas, elle n'est pas intégrée dans la forme et elle ne l’exprime pas. (Les évidences).

Qui est ce qui prend en charge la qualité architecturale ? Le concepteur. Il n’y a pas une évaluation raisonnable possible sans échelle de valeur explicite, mais en pratique les architectes la sous entende toujours, et agissent comme s’il y en avait, parce que nous, les confrères ne voulons pas le critiquer. Qui est ce qui la contrôle au niveau collectif ? Le DDE ou CAUE les usagers, l'administration communale et ses conseillers ? Qui est ce qui accède à l’un ou l’autre rôle ?

La question est ouverte. La formation des architectes ne fait pas la différence entre concepteur et contrôleur. Donc, ils doivent parler le même langage. Quand les privés veulent construire, ils s’adressent à un architecte pour exprimer en texte et en dessin ce qu’ils veulent et établissent ensemble les plans fonctionnels. C'est l’image de la future construction et les matériaux utilisés pour la construction autant pour l’usage, pour la solidité que pour l’esthétique. Tout ce qui est ingénieur en nous, prend en charge le quantitatif et tout ce qui est artiste le qualitatif.  Cette dichotomie prépare la division sociale du travail dans le domaine de la conception, la spécialisation.

Le degré de précision dans les dessins est confié au dessinateur. C’est lui qui choisit les traits, la manière de représenter les solutions choisies, les pochages, hachures avec une finalité de clarté. Actuellement, on peut établir les conventions de représentation presque uniformément, même si les dessinateurs sont obligés de supporter la monotonie. Dans la représentation par l’ordinateur le changement d’échelle vers le haut et vers le bas semble donner une variation mécanique de la représentation.

Le degré de précision et le degré de complexité dans le dessin correspondent à la qualité intrinsèque du dessin, suivant les échelles utilisées et l’adéquation à la résolution des problèmes. Quelque chose qui est plus complexifiée intègre un plus grand nombre d’informations par les stades évolutifs dans une solution résolue, représentée, dessinée ou synthétisée. Et vis versa, le plus grand degré de précision contient plus d’informations, consciemment ou inconsciemment intégrées. Le premier est l’adéquation à la réalité bâtie, donc concerne la qualité globale et le deuxième est la quantité de l’information intégrée.

La représentation de la qualité fonctionnelle ou esthétique a un poids lourd dans l’appréciation des projets. C’est pour cette raison qu’avant 1968, les décideurs l’ont surestimée à tel point que l’image emportait sur le contenu des projets. Les étudiants étaient obligés de soigner l’image au détriment de la qualité globale. Il n’y a rien d’étonnant qu’après 1968, les Unités Pédagogiques d’Architectures ont complètement délaissé l’enseignement de la représentation des projets au profit de la conception fonctionnelle par la participation. Cela a conduit aussi que les projeteurs croyaient concevoir leurs projets dans la tête, qu’il suffisait de le représenter le plus sommairement pour ne pas fausser les jugements des décideurs.

Nous avons tous, enseignants étudiants et intervenants dans les projets nos échelles de valeur dans tous les domaines de nos actes, de nos pensées de nos choix qui concernent nos jugements. Sans cela nous ne pourrions pas intégrer les informations avec leur valeur de vérité (vraie ou fausse). Nous ne pouvons pas, puisqu’il est impossible de résoudre les problèmes en restant dans une ambivalence constante. Le problème est d’en être conscient pour conscientiser nos échelles de valeurs et les remettre en cause, du moins vérifier leur origine ou leur validité dans le cas précis.

5 - Sur l'utilisation du dessin

Dans un article sur l'éloge du dessin que j'avais rédigé à l'intention des enseignants de la rentrée de 75/76, où nous avons beaucoup discuté sur son rôle, j'ai pu écrire ainsi (voir chapitre : Eloge du dessin) : "Les enseignants qui mettent le dessin en arrière plan privent les étudiants en architecture de l'utilisation d'un outil qui leur est propre. Le dessin est aussi important pour un architecte que les concepts opérationnels pour les chercheurs. Une esquisse dessinée même incomplète et prématurée est indispensable dans l'élaboration d'un projet, si elle est prise comme hypothèse de travail, car elle est une synthèse dessinée. Son contenu est toujours représenté dans ses interrelations avec le contexte et dans sa forme concrète. Elle est donc, un concept opérationnel dessiné et non une doctrine, ni un résultat."

Heureusement nous n'en sommes plus à discuter aujourd'hui sur l'importance du dessin. Les étudiants ont bien compris leurs utilisations, et sont contents de voir les résultats de leurs réflexions qui les encouragent dans tous les cas. Même ceux qui n’ont pas confiance en eux même parce qu’ils croient ne pas savoir dessiner. Les esquisses d’une journée, l’entraînement à une réponse rapide, mal exécutées permet la discussion sur une base réelle et bâtir le projet en tenant compte des critiques de tous le monde et pas seulement des enseignants.

Nous voulons tous faire un choix conscient et juste. Le problème pédagogique c'est comment acquérir cette aptitude. Si aujourd’hui, vous avez la conviction personnelle qu’elle est impossible pour un étudiant, vous mettez un frein à votre propre apprentissage du métier ou de votre Art. Une des réponses reste toujours valable pour moi : recenser les possibilités, les dessiner en situation appauvrie pour que les choix du Bons sens soient conscients. Tant que nous n'avons pas compris que la spécificité du métier reste l'outil de dessin, on continue à chercher les idées directement dans la représentation dessinée et en discuter. Dire quelque chose, ne veut pas dire : faire ; mais faire quelque chose pour les architectes, c'est dessiner tout de suite, ses idées de fonctionnement, de forme, de matériaux etc. La validité de toutes les idées se vérifie en dessin. Nombreux sont ceux qui croient qu'il suffit d'avoir des idées, le reste est une affaire de dessinateur. Nos croquis, nos dessins ne sont pas figés. Les idées peuvent se remettre en cause, s'interroger la dessus, améliorer, adapter, modifier, manipuler, etc., on en élimine facilement tout ce qui nuit au bon sens, en les visualisant.

Le dessin est un moyen pour exprimer les idées, mais aussi de les découvrir en analysant les contenus de ce que nous avons déjà dessiné. C'est en dessinant ou en essayant de les dessiner que les idées viennent souvent en fonction de nos réactions aux dessins produits par nous même. Un étudiant, me décrivant le parti qu'il voulait adapter dans son projet, me demandait mon avis. Je le trouvais bien en tant qu'idée, mais je ne pouvais pas me prononcer tant qu'il ne l'avait pas dessiné. La plus part du temps quand il le dessine, je n'ai plus besoin de le critiquer car les “erreurs“ sautent aux yeux.

Le dessin reste l'outil privilégié des concepteurs quelque soit l'échelle qu'ils utilisent, à condition que l'objet du dessin, donc le projet soit dessiné dans son contexte, les divisions avec ses amorces déterminantes. Je demande même aux étudiants de redessiner le projet avec les amorces chaque fois qu'ils font des croquis qui alimentent la solution. Je les vois souvent travailler sur le fond d'un plan de masse avec le bâtiment seul, sans redessiner l'entourage. J'admets qu'on peut bien juger la solution avec sa logique visuelle sans les amorces et on sait aussi à remémorer, mais on ne peut pas faire les comparaisons si on ne les redessine pas les mêmes. Je comprends le souci des projeteurs en allant au plus pressé. Le dessin, aussi appauvri soit-il, contient des informations que la rationalité intellectuelle ne peut pas prévoir, mais que la logique visuelle détecte sans peine.

POURQUOI ? Parce que l'Architecture n'est pas seulement l'Art, mais elle "est la mère de tous les Arts".  Elle se fonde sur une réalité de l'époque et intègre dans son expression non seulement les matériaux, mais aussi toute la vie sociale : l'espace, le temps, l'économie, la sociologie, la politique etc. Nous les avons tous intériorisé dans nos ADN. Tout le monde les extériorise par la parole ou épistolairement, mais quand on les dessine dans les différentes échelles et dans l'espace, ils nous "interpellent" réellement, ils nous font réagir. C'est bien le but. Or, nous sommes tous doués de logique visuelle et de bon sens. (J’admets qu’il faut encore les conscientiser d’abord). Dans la mesure où nous en produisons, nous sommes tous capables de réagir à un dessin. Quand nous dessinons une réalité, c'est non seulement pour exprimer ce qui est dans la tête des concepteurs mais aussi pour que les interlocuteurs y réagissent et apportent, leurs propres idées. Est ce dégradant pour un architecte de transcrire les idées des autres ? La commande précise bien les idées de Maître de l’Ouvrage.

Je trouve assez handicapant pour l'étudiant de prendre l'habitude de discuter longtemps à la fois, ramasser beaucoup d'informations et quand il se met devant sa planche, il est trop saturé d’informations. Autant faire parler les gens et transformer de suite en croquis les contenus des choses dites en plans coupes, façades et perspectives. Les croquis de tout, en allant du global vers le détail, en revenant sur d'autres, les corrigeant, en intégrant toutes les idées. C'est ce que nous appelons les Allers-Retours. Plus nous réalisons les ALLER-RETOUR dans la conception, plus nous découvrons les portées de nos choix.

Pour moi la didactique du projet n'est pas séparée du dessin, mais elle est la preuve de l'intégration des connaissances acquises, car elle fait obligatoirement la synthèse des problèmes apparus à l'occasion du projet en question. Il y a “didactique“ au niveau de l'apprentissage en studio : la didactique de la démarche. Ce qui me parait difficile au cours de l’élaboration d'un projet, toujours cas particulier, c'est de découvrir quelques savoir qui peuvent être valables pour une série de cas, voire pour tous les cas. C'est ce savoir, même s'il n'est jamais sûr, peut être enseignable, en attendant de s'approcher de plus en plus à la solution scientifique de tout.

6 - Sur l’utilisation des échelles

Les différentes disciplines concourant consciemment ou automatiquement à l'élaboration des analyses des projets urbains ou d'aménagement, utilisent les plans, les cartes, les coupes ou autres documents dessinés à différentes échelles contenant les informations spécifiques à cette échelle de leurs interventions Elle reflètent l’état de lieu représenté de l’espace projeté sur un plan référentielle suivant le problématique à étudier, à la base des connaissances, sur leurs travaux à projeter ou à exécuter. La pertinence de l’échelle est important autant pour les étudiants que pour les professionnelles, même avec des CAO, parce qu’il y a adéquation de la représentation des objets sur les plans référentiels portent les informations dimensionnelles du réel avec ou sans côtes qui facilite la visualisation proche de la réalité des espaces et de leurs emplacements. Les dimensions des objets d’étude détermine l’échelle de présentation pour que l’information représentée ait une lisibilité et mesurable dans les deux dimensions du réel.

C'est ainsi que nous pouvons parler des échelles des architectes, des urbanistes, des géographes, des planificateurs, même les randonneurs etc. A l'intérieur des disciplines, il y a différentes grandeurs des échelles, une sorte de gamme pour les différents types d'information en pensant toujours à l’adéquation. On ne peut pas étudier et représenter à la même échelle toutes les informations que traite ou étudie une discipline. Il y a adéquation entre grandeur d'échelle et pertinence des informations autant pour les analyses que pour les projets, même s'il n'y a pas une limite et énumération précise d'un coté ou de l'autre. On pourrait dire à peu près que tel problème devrait être étudié à telle et telle échelle. C'est l'évidence même. C’est ce qui correspond aux niveaux d’organisation des scientifiques.

Les niveaux d'organisation : nous empruntons ce terme de la biologie ou de la cybernétique qui veut dire : niveau de complexité (niveau des organes, niveau des cellules, niveau des molécules etc.). “.chaque niveau d'organisation représente un système régulé quand il est isolé, sa fonction est dépendante du niveau d'organisation qui l'englobe“ (H. LABORIT : LA VIE ANTERIEURE. Ed. Grasset 1989).

La ville est comparable à un organisme vivant dont les sociétés humaines (les groupes sociaux) sont aussi les facteurs de sa structure. Nous retrouvons partout dans la ville les différents niveaux de son organisation en partant de la cellule familiale (de l'appartement) en passant par l'immeuble, le groupement d'immeubles, les quartiers, les pôles, les tissus, l'armature, etc. jusqu'à l'aménagement du territoire. Cette organisation est traduite en partie sur les cartes ou plans dessinés et utilisée par les différentes instances d'étude et acteurs de la production de la ville ou de l'aménagement du territoire. Cette transcription, ces dessins en différentes échelles sont une représentation appauvrie de la réalité, une sorte d’image de l'espace.

L'introduction du concept “niveau d'organisation“ dans sa définition ci-dessus prend son importance à partir du moment que nous parlons de pluri - voire inter - ou même transdisciplinarité ; c’est toujours les liaisons des disciplines ou des systèmes, plus exactement, de la finalité des disciplines et de leur emboîtement. C'est ce “rôle“ conscient qui permet la collaboration objective des disciplines.

Mon souci de mieux définir notre intervention spécifique dans l'acte de bâtir me conduit en même temps de mieux montrer les liaisons en amont et en aval de cette intervention, quand je cherche à préciser ce qu'on étudie à telle échelle, ou inversement, tel problème, qui est plus courant quand on recherche un thème, à quelle échelle étudie-t-on?

Précision de concept « échelle » :

Le problème de l’échelle restera longtemps une préoccupation fondamentale des concepteurs. Si nous voulons sortir d’une indétermination chère aux concepteurs programmés affectifs, qui les utilisent différemment dans leurs discours, nous sommes bien obligés de passer par les même stades que tous les scientifiques : essayons d’abord de les définir approximativement, en les classant dans leurs acceptions de départ, et continuer à mieux les cerner ensuite, en y apportant des rectifications  successives.

C’est ce que je croyais avoir commencé quand je précisais les contenus des échelles utilisés en amont de la conception, donc à 1 :5000 , 1 :2000, 1 :1000, ou 1 :500 dans chapitre IV. 5. L’essentiel restera de représenter, et traiter les documents de variation et son entourage concernant les projets dans les échelles successives habituelles, en augmentant ou en diminuant un ou deux pas, car c’est un cheminement intellectuel qui va vers la même direction : faire mieux que l’existant aujourd’hui. Si nous avons une idée approximative de notre démarche nous regardons les plans de représentation du terrain communiqué par le Maître de l’Ouvrage, et nous commençons à étudier le programme par l’analyse du contenu.

Il est assez difficile à parler de l’échelle « in abstracto », même si nous l’utilisons quotidiennement. Quand j’en parle dans cet article, c’est inséparablement lié à l’outil et à son degré de précision dans la représentation. En général nous l’utilisons ce terme pour signifier une ou plusieurs dimensions comme grandeur

  • réelle de l'objet par rapport à son contexte (bâti ou non bâti),
  • des objets par rapport à l'homme quand nous parlons de l’échelle humaine,
  • des locaux correspondant à leurs fonctions,
  • des éléments des tailles et des masses présentes dans la composition,
  • des constituants de la volumétrie, et des mouvements
  • des éléments de détail constructifs que l’on exagère ou diminue dans les façades,
  • de la taille des trames urbaines,
  • de la taille des ensembles dans les agglomérations et dans leur contexte.
  • l’échelle de la ville, etc.

Il faudrait définir et compléter dans l’usage de nos concepts pour l’amélioration de nos édifices pour que nos constructions s’intègrent dans leur environnement global mais il faut bien savoir toujours de quoi on parle. Ce travail mériterait un grand chapitre avec des reproductions des projets, croquis, photos etc. qui rentrent dans l’analyse du contenu esthétique des projets où nous pourrions découvrir des règles explicites de la composition. Et ça c’est un autre problème.

Nous pourrions commencer à examiner dans une Ecole d'Architecture les contenus des cartes et des plans utilisés pour nos missions d'études ou de réalisations. La profession d'Architecte considère aujourd'hui que les Architectes sont automatiquement des Urbanistes. Commençons avec des plans qu'utilisent les Architectes et les Urbanistes :

1: 5 000

Elle est l'échelle de la forme urbaine, du Plans d'Occupation de Sol, une sorte de planification qui fixe l'usage des sols d'une entité globale étudiée : la commune, la ville, le secteur de conurbation. Ce plan contient ou doit contenir des informations sur :

  • les zones de construction et non construction,
  • les zones de dangers naturels ou artificiels ;
  • les zones d'extension de la ville ou de la commune,
  • les zones vertes et les parcs urbains,
  • les voies de circulation intercommunales ou inter villes,
  • les hiérarchies des voies à l’intérieur des zones urbanisées
  • le réseau général de l'assainissement
  • le réseau général de l'alimentation en eau potable ou industrielle

1: 2 000

L'échelle se prête bien à l'étude de la structuration urbaine

  • des quartiers, les limites, les noeuds, les repères, tous les parcours ;
  • de toutes les analyses et projets monothématiques suivant les pertinences recherchées:
    • fonctionnelle (habitat, travail, loisirs, circulation)
    • de densité (grandeur et hauteur du bâtie)
    • réseau viaire (hiérarchiser ou non) parkings, piétons,
    • typologique et morphologique du bâti et les espaces extérieurs,
    • historique (âge du bâti, obsolescence),
    • sensible et paysagère, etc.
  • - de tous les plans de synthèse de l'analyse ou de projet ;

1: 1 000

  • étude plus fine et plus détaillée de ceux qui étaient vus à l'échelle de 1: 2 000. Elle se prête à l'étude des espaces extérieurs publics/ non publics, collectifs/privés, minéral/végétal, circulé/ non circulé, etc.
  • étude parcellaire et cadastrale,
  • étude d'implantation et les différentes composantes de l'espace et de la forme bâtie,
  • une sorte de plan de masse au niveau du secteur.

1: 500

C'est l'échelle de PLAN MASSE, le plan de toutes les masses en présence. Il doit traduire toutes les informations pertinentes sur.

  • le terrain en question ; ses limites cotées, l'altimétrie (courbes des niveaux à 1 m d’équidistance), reliefs avant et après travaux, orientation, voie d'accès et sa nomination, superficies, limites cadastrales,
  • les masses des constructions existantes et à projeter, en extension ou en surélévation cotées en 3 dimensions sur le terrain, et par rapport aux limites du terrain, leur nature et nomination, le nombre de niveaux, l'emprise au sol, les passées de toiture, faîtages, les masses enterrées, les canalisations sèches (EDF ; GDF ; PTT ;.) et humides, (eaux, E.U. ; E.P.) ; les clôtures existantes et à créer, murs de soutènement, etc.
  • l’aménagement des espaces extérieurs en 2 ou 3 dimensions ; espaces minérales et végétales avec ses limites, plantations existantes et à maintenir, à supprimer, à créer ; stationnement des véhicules, places de retournement, accès à la voie de desserte, voies intérieures du terrain ; assainissements (privés ou collectifs),
  • le terrain, les constructions et les espaces extérieurs dans leurs amorces ;
  • le nom des voisins, la nature et la hauteur de leur construction.

Les échelles utilisées par les architectes dans la définition des projets de construction ne sont pas énumérées ici, notamment les 1/200, 1/100, 1/50, 1/20, 1/10, etc.